A
rtiste peintre en couple avec le créateur du SpaceHike (le dernier gadget techno à la mode), Ariane habite une grande maison confortable et passe ses journées à créer et à s’occuper de sa demeure (et de son chat). Elle ne s’ennuie pas, mais est terriblement esseulée. Un jour, pour se distraire, elle essaye le casque et la combinaison d’exploration spatiale virtuelle inventés par son mari. L’appareil permet de se mettre dans la peau d’une astronaute et de ressentir tous les frissons du grand vide. Rapidement, elle se prend au jeu et ne peut plus se passer de cette évasion. Évidemment, dès qu’elle a visité toutes les planètes et lunes à disposition, elle en veut plus. Elle se procure alors un add-on non-officiel réalisé par des fans. Ce sont les portes de la galaxie et de l’univers tout entier qui s’ouvrent à elle. Arrivera-t-elle seulement à se débrancher et à redescendre sur Terre ?
Si le nom d’Ariane en appelle à la mythologie grecque, force de constater que l’héroïne imaginée par Maëva Tur est radicalement différente de la complice de Thésée. Certes, elle est seule, car son compagnon est occupé au loin, mais c’est bien elle qui se perd au sein du labyrinthe dans le cas présent. D’ailleurs, plutôt qu’antique, ce récit métaphorique ressemble plus à une version actualisée d’un conte de Perrault ou des frères Grimm. Petit Chaperon vert perdu dans l’espace ou Cendrillon connectée au metaverse, Ariane est happée par sa curiosité et trompée par ses endorphines. Quant au Minotaure ou à l’Ogre, ils vont se révéler d’une tout autre nature, aussi post-moderne qu’ancestrale. Solitude, échappatoire numérique, création, jusqu’à où pouvons-nous pousser notre fuite existentielle ? En multipliant les mises en abyme et les jeux de miroirs, l’album propose une réelle réflexion à propos de notre époque et nos modes de vie.
Très jolies illustrations aux crayons de couleurs et festival chromatique aux tons chauds, le tout au service d’une imagination débordante, Ariane rêve emporte le lecteur dans un voyage autant intérieur qu’intersidéral. Homère aurait apprécié, Stanley Kubrick également.