Résumé: Le long de la côte galloise, un village est la proie d'une série de crimes inexplicables. Le personnage central – amateur de littérature fantastique – fait progressivement la connaissance d'une étrange jeune fille alternant douceur et furie. Le finale se déroule dans une demeure envoûtante pourtant supposée avoir été ravagée par le feu. La jeune fille se vengerait-elle des villageois qui ont refusé de porter secours à ses parents ? Une captivante réflexion sur les techniques que la BD offre pour transmettre le sentiment de « peur » et les mises en scène possibles de cette dernière. Sorel rend hommage à Arthur Machen, un de ses romanciers favoris ; toute la campagne, les forêts qui entourent ce petit village portuaire maudit s'inspirent des textes de cet auteur gallois. Un projet de plus de vingt ans prend ainsi forme en regroupant toutes sortes de références et de réflexions sur la mise en scène de la peur !
Guillaume Sorrel est reconnu comme un maître du fantastique européen en illustration et bande dessinée, notamment admiré par ses confrères et le public pour sa mise en couleurs directes.
U
ne baleine s'est échouée sur le rivage d'un petit village paisible, jusqu'à présent. Son flanc présente d'étranges morsures. Un requin ou… une sirène ? S'ensuivront d'autres évènements tous plus macabres et inexplicables les uns que les autres. La police piétine, n'a aucune piste. Un jeune touriste intéressé par ces crimes cherche des indices et croise une étrange fillette lors de ses pérégrinations. Celle-ci chantonne des poèmes lugubres : qui est-elle ? A-t-elle un lien avec ces atrocités ?
Guillaume Sorel dit avoir voulu rendre hommage à l'auteur Arthur Machen avec Deryn du (oiseau noir en gallois), l'origine du projet datant d'une vingtaine d'années. Pour cela, il a puisé ses sources dans la littérature et le cinéma britanniques néogothiques afin de répondre à cette question : est-il possible de créer la peur en BD ? Tout l'enjeu graphique était donc de transmettre au lecteur l'angoisse et le trouble. Sur ce plan, c'est réussi. Son style est éminemment reconnaissable depuis Algernon Woodcock : avec ses couleurs passées, son découpage qui se fracture aux moments opportuns et son sens de la mise en scène, l'artiste montre bien le décalage entre la tranquillité du port et les drames odieux qui frappent les habitants une fois la nuit tombée. Le malaise s'installe progressivement jusqu'à l'horreur finale. Pour ce qui est du scénario, il faut se laisser entrainer par cette histoire de vengeance venue du passé ; le rythme est lent, les pages contemplatives alternent avec les moments plus glauques.
Le nouveau roman graphique de l'auteur de Bluebells Wood et de Macbeth Roi d’Écosse est avant tout esthétique, car il déroute par son intrigue morbide et envoutante. Cependant, ne cherchez pas à tout comprendre et laissez-vous charmer par les très belles planches à l'ambiance gothique de cet auteur depuis longtemps reconnu.
La preview
Les avis
Erik67
Le 12/04/2026 à 09:27:49
Voici un album que j’avais placé sur ma liste et que j’avais également évoqué dans mon interview de janvier dernier. Depuis ses débuts, j’ai toujours beaucoup apprécié ce que propose Guillaume Sorel, un auteur à la fois talentueux dans le domaine du scénario et du dessin. Son univers, à la fois poétique et sombre, possède une identité forte qui ne laisse pas indifférent.
Je me souviens de ses premières œuvres, comme la série Algernon Woodcock (6 albums), le one-shot Le Horla, ou encore le magnifique Bluebells Wood. Dans cet album, je retrouve une atmosphère qui évoque à la fois Maupassant et Edgar Allan Poe, mêlant à la perfection le sens du mystère et de la mélancolie dans un cadre souvent gothique.
Sur le plan visuel, l’album se distingue par une esthétique remarquable. Les illustrations, riches en détails, frôlent parfois la qualité d’œuvres picturales, témoignant de la maîtrise technique et artistique de Guillaume Sorel. La mise en page privilégie une approche plus poétique que purement narrative, avec des compositions qui accentuent la dimension atmosphérique et introspective de l’œuvre. Les choix de couleurs, souvent doux et mélancoliques, ainsi que la composition des pages, créent une ambiance à la fois envoûtante et fragile, en parfaite harmonie avec le thème traité. C’est véritablement un festival visuel, un plaisir pour les yeux qui fascine et transporte.
Cependant, côté scénario, je dois avouer que je ne peux pas partager le même enthousiasme. L’intrigue semble se perdre dans des méandres brumeux, avec une certaine confusion qui nuit à sa clarté. Il manque une direction claire, et les enjeux apparaissent parfois faibles ou peu développés, notamment avec l’accumulation de meurtres sordides dans un petit port gallois.
En résumé, l’enquête policière n’avance pas vraiment, et la dimension fantastique, trop convenue, ne convainc pas totalement. L’ambition était là, mais celle-ci ne semble pas avoir été à la hauteur de mes attentes cette fois.
Cela dit, la qualité graphique est absolument indéniable, à couper le souffle. Guillaume Sorel signe ici une œuvre visuellement fascinante, dont la force réside dans ses illustrations riches, poétiques et profondément envoûtantes. C’est un ouvrage qui, à lui seul, vaut le détour pour les amateurs d’esthétique et de poésie graphique.
minot
Le 17/11/2025 à 13:44:39
Excellent récit d'épouvante, qui se déroule à la fin du XIXème siècle dans un petit village gallois du bord de mer. Le dessin très pictural de Guillaume Sorel et ses couleurs entre chien et loup installent un climat de malaise qui donne toute sa puissance d'évocation à cette histoire teintée de macabre et de fantastique.
Petite mise en garde : on est dans le surnaturel le plus total, et il n'y a aucune explication rationnelle à toutes les atrocités subies par les protagonistes de cette histoire. Les lecteurs les plus cartésiens risquent donc d'être décontenancés - voire déçus - par le dénouement de cette intrigue funèbre. Perso, ça n'a nullement été mon cas et j'ai bien apprécié cette lecture.