Le 05/02/2026 à 12:13:57
Un album quasi muet à l’esthétique envoûtante. Le découpage de certaines planches en une multitude de cases, qui s’agencent pour créer des jeux d’optique, est très élégant. Une mise en page sophistiquée qui élève et amplifie la narration. À l’inverse de ce cadre géométrique, le dessin s’épanouit librement, tout en mouvement et couleur. Ce trait vif et très expressif donne aux personnages un charisme intense. Et il en faut pour incarner une telle épopée ! En effet, Jesse Lonergan crée avec « Drome » une nouvelle mythologie. Il réinvente la genèse du monde sur fond de rivalité entre dieux. Une cosmogonie dualiste, mêlant violence et chaos, où s’affrontent des titans sous le regard effarouché des premiers hommes. Soumis à cette force invincible, retranchés dans d’austères forteresses babyloniennes, les humains ne sont que les témoins sacrifiables de ces combats qui les dépassent. Par ce puissant tableau aux images étrangement poétiques, Jesse Lonergan inspire, avec son lyrisme graphique, une réflexion diffuse, entêtante et profonde qui donne l’impression d’avoir lu quelque chose de fort. Une œuvre singulière à lire absolument.Le 26/01/2026 à 10:35:16
Attention, retenez le nom de Jessie Lonergan! En trois albums publiés en indé outre-atlantique il a installé un style remarqué et creuse un sillon qui l’emmène directement dans le club fermé des auteurs d’albums qui refondent la narration séquentielle, rien de moins. L’histoire de Drome n’est pas originale, c’est une cosmogonie primordiale, avec deux entités, une lumineuse et une sombre qui créent des mondes et des héros dont nous allons observer les péripéties, jouets des envies divines et témoins de l’apparition des passions humaines. Le concept graphique a déjà été vu, chez Tradd Moore notamment, dont le Docteur Strange ou le Silver surfer nous avaient marqués sur l’Etagère. Pourtant le traitement basé sur la déconstruction/reconstruction des pages, des cases, de la progression narrative, a ceci de révolutionnaire qu’il fusionne un questionnement artistique et thématique dans une cohérence parfaite. Quand Tradd Moore subjuguait par ses couleurs et le foisonnement de ses planches, Lonergan parvient à l’épure malgré une technique inférieure. Dès les premières pages l’auteur annonce la couleur en découpant la lumière dans ses couleurs primaires originelles à la création du monde et au Temps même. Alors il va jouer avec ses cases en gaufrier qu’il va tordre avec des fils conducteurs graphiques, découpant l’image en autant de sous cases ou faisant passer tel personnage au premier plan, jusqu’à créer en dernière partie de l’album un sentiment de trois dimension plutôt bluffant. Suivant trois héros croisant un humain corrompu, l’histoire est quasiment muette et voit naitre une civilisation que son créateur voit se mouvoir plus ou moins indépendante de ses volontés primordiales. Reprenant les thématiques élémentaires (le bleu de l’eau, le rouge de la terre, le jaune du feu), le scénario se suit agréablement, sans complexité superflue et par évocation. L’esthétique générale est un croisement entre les super-héros naïfs en collant et des héros grecs qui se bastonnent dans des combats homériques sans véritablement pouvoir mourir. Conscient du risque que la seule fascination graphique ne s’épuise, Lonergan crée suffisamment de personnages pour générer des interactions satisfaisantes. Le gaufrier qui fait office de simple repère temporel de l’action confine l’action, la voit déborder, oriente la lecture à droite, à gauche, en bas ou en haut selon les besoins, se libérant totalement des codes classiques de la BD pour les subjuguer avec une aisance folle. En lisant Drome on a le sentiment de lire une BD pour la première fois… sur une histoire de création primordiale. Le sentiment qui en ressort est assez fascinant. La saison de sang de Bergara, autre récit muet, était remarquable. Drome ajoute la réflexion sur la forme elle-même qu’évoquait aussi le jeu sur les couleurs de Chroma, comme un aboutissement final à ces diverses expériences. Il y aura un avant et un après cet album dont nombre d’auteurs vont s’inspirer et dont vous entendrez encore parler longtemps. Lire sur le blog: https://etagereimaginaire.wordpress.com/2025/12/27/drome/Le 15/12/2025 à 20:48:05
Une curiosité qui s'étend de la naissance du monde aux grands enjeux mythologiques. La proposition est séduisante et plutôt très réussie : une vraie BD moderne et revigorante en somme.Le 26/10/2025 à 18:52:54
Une claque visuelle mais pas seulement. certaines planches ont une puissance incroyable. a lire absolument!!!BDGest 2014 - Tous droits réservés