C
ondamnée à des travaux d’intérêt général et à un suivi judiciaire sérieux, Fungirl devrait enfin s’assagir (hahaha). De son côté, Peter, l’éternel colocataire, tente de vivre au mieux sa relation à distance avec Becky, partie étudier la médecine ailleurs. Ce n’est pas tous les jours faciles, pour faire simple. Au détour d’une corvée (ramasser les détritus sur le bas-côté de la route), la jeune femme rencontre Adam, son ancienne flamme. Celui-ci file également un mauvais coton et, en plus, il doit de l’argent à la mafia des courses de tortues. Oubliant un instant ses obligations légales, Fungirl décide de l’aider à se sortir de la mauvaise passe dans laquelle il est tombé. Un vraie-fausse bonne idée ?
Changement de format et d’ambition, Elizabeth Pich a vu en grand pour le nouvel opus de la plus déjantée et décalée des héroïnes de la bande dessinée underground actuelle. Plus de trois cents pages de péripéties délirantes, Fungirl Forever permet à l’autrice de dresser un étrange de portrait en creux de l’époque. Féministe, elle l’est encore, évidemment, antisystème et généreuse, aussi, cela va sans dire. Cependant, passée les revendications et les dénonciations attendues, le scénario s’essouffle passablement. En effet, même s’il se passe énormément de choses, presque trop par moments, les propos restent finalement assez triviaux et ne font que surfer sur les problématiques. Fungirl s’essaye à l’uber-économie, la catastrophe est au-rendez-vous. Que soit des tortues ou des chevaux, les mœurs des parieurs sont les mêmes. Quant à l’amour, c’est toujours compliqué. Le traitement «Fungirl» n’y change rien.
Pich a d’ailleurs bien compris les limites de son approche et a tenté de donner un peu de profondeur à son récit. Régulièrement, elle intègre une planche rétro (en bistre) racontant une anecdote ou un épisode traumatique d’un des personnages. Ces instants nourrissent et mettent en contexte quelques réactions à venir. L’astuce est classique et amplement utilisée au cinéma. Neuvième art qui est du reste largement cité dans l’album : clins d’œil et références abondent au fil des pages. Les connaisseurs seront ravis, c’est déjà ça. Malheureusement, sur la longueur, la narration finit par ressembler à un grand assemblage de tout et n’importe quoi. Résultat, le manque de cohésion ou de direction fatigue plus qu’il entraîne ou sublime la lecture.
Moins de provocations, moins d’audace, Fungirl continue quand même à ruer dans les brancards. Seulement, sans douter de sa sincérité, elle semble plus jouer un rôle que de risquer sa vie comme dans ses aventures précédentes. Puisque le cinéma a été évoqué, reste à espérer que ce Fungirl Forever connaisse (ou pas, suivant les goûts) un destin identique que la «version» Batman homonyme sortie en 1995.