Info édition : Paru à l’origine chez Delcourt dans une édition introuvable depuis de nombreuses années, ce récit ressort dans une version remaniée et enrichie d’une trentaine de planches supplémentaires
Résumé: Traquée par un essaim de vers spaghettis rosâtres, une créature se lance dans une fuite effrénée à travers l’espace-temps à bord d’une soucoupe volante. Elle échoue sur une planète régie par une société dystopique, dominée par deux géants de l’industrie alimentaire aux logos kawaï. Lorsqu’une des deux firmes décide de s’approprier la technologie de l’alien pour prendre l’avantage sur sa concurrente, la guerre commerciale entre elles se mue en carnage. Un employé rêveur et un robot sensible se retrouvent alors instrumentalisés, chacun dans son camp, pour mener des opérations terroristes. Pendant ce temps, la menace des vers spaghettis plane sur la ville… Ça va être une longue journée.
Avec cette bande dessinée sans paroles à l’esthétique rétro-futuriste, Lucas Varela dépeint un monde où l’État, l’industrie et les médias ont fusionné pour contrôler les citoyens-consommateurs gavés de malbouffe et de contenus ineptes. Il met également en scène un récit trépidant teinté de burlesque et d’humour noir.
Ses personnages rappellent ceux du cinéma muet, aspirés, malmenés et jetés dans l’action à leur corps défendant.
Q
uelque part dans la galaxie, sur une planète lointaine, deux méga-entreprises se partagent le pouvoir, tout en se livrant une guerre sans merci pour éliminer l'autre. Complots, attentats ou guérilla technologique, tous les moyens sont bons pour annihiler la concurrence. Le crash d'une soucoupe volante extra-terrestre va, peut-être, changer la donne.
Lucas Varela (Diagnostics, Paolo Pinocchio) entraîne le lecteur dans un monde à mi-chemin entre la Ville-puit chère à John Difool et le Brazil de Sam Lowry. Sous couvert de science-fiction, le scénariste a en fait tissé une fable, un réquisitoire quasiment, contre le consumérisme et le capitalisme sans foi ni loi. L'individu n'existe plus, il n'est qu'un pion dans un gigantesque jeu sans pitié. D'ailleurs, il a perdu la parole. En effet, l'album a comme caractéristique d'être muet. À la place des dialogues ou des digressions, ce sont donc les événements qui dictent le ton et rythment la « lecture ». Varela se joue de cette difficulté formelle et offre un joli récital narratif. Mieux encore, malgré la complexité des complots et de l'accumulation des trahisons, ce thriller se révèle des plus prenants et passionnant à suivre.
Quand les mots sont absents, c'est au dessin que revient tous les rôles. La ligne claire mâtinée de design japonisant des illustrations donne aux planches toute la lisibilité nécessaire pour bien suivre le récit. Parfaitement calé dans son univers, le dessinateur se fait également plaisir avec de grandes compositions urbaines au look rétro-futuriste tout à fait admirables. De plus, l'artiste argentin a semé, au fil des chapitres, une multitude de références aux classiques (BD, romanesques ou cinématographiques) de la S-F. Ces petits clins d’œil apportent un supplément sympathique que les amateurs du genre s'amuseront certainement à détailler.
En dépit d'une intrigue finalement assez convenue, Le jour le plus long du futur se démarque par sa construction savante et très maîtrisée.