Résumé: Jours de chasse trouve sa source dans une pratique apparue durant la guerre en ex-Yougoslavie. En Serbie, des groupes d'hommes, qui partaient officiellement à la chasse le temps d'un week-end dans le sud du pays, en Bosnie, participaient en fait à la guerre avec des bandes de paramilitaires ou des armées locales. Par la pratique de la terreur, en prétextant une «guerre préventive», il s'agissait alors de définir un territoire ethniquement pur, d'en chasser les Bosniaques musulmans, de «libérer» les Serbes qui s'y trouvaient et d'imposer une claire frontière entre eux et ceux-ci. Le discours nationaliste qui avait été progressivement construit depuis la mort de Tito arrivait ainsi à son terme en déchirant la fraternité et l'identité yougoslave. Ces groupes d'hommes partis à la chasse rentraient ensuite chez eux le dimanche soir, ils reprenaient le cours de leurs vies, sans que personne ne sache ce qu'ils avaient réellement fait. Peut-on rester innocent dans un pays en guerre ? La fabrication de la peur de l'autre est-elle la condition pour le basculement nationaliste et l'entrée en guerre ? La guerre est-elle d'autant plus horrible que le lien fraternel était puissant auparavant ? En revenant sur la guerre qui a déchiré la Bosnie au milieu des années 1990, Christophe Dabitch et Jorge Gonzalez signent un récit annonciateur d'événements que nous traversons aujourd'hui.
Ce récit se déroule en Bosnie en 1992, durant la célèbre guerre d’indépendance qui a déchiré les Balkans et provoqué l’éclatement de la Yougoslavie. Pour mémoire, ce conflit a coûté la vie à près de 100 000 personnes entre 1992 et 1995, laissant derrière lui un paysage de destructions et de blessures profondes.
Sur le fond, il n’y a rien de particulièrement novateur à dénoncer les horreurs de la guerre, surtout lorsqu’il s’agit d’un conflit civil qui a profondément divisé un pays en fonction des croyances religieuses. La violence, la haine et la destruction sont malheureusement des thèmes récurrents dans ce genre de récit.
Ce qui m’a surtout surpris, c’est de suivre le parcours de Milan, un jeune Serbe plutôt naïf, qui, à son retour de ses études en Finlande, pensait simplement participer à une partie de chasse. Mais il s’avère que cette chasse-là sera bien différente de ce à quoi il s’attendait. Le récit adopte une position neutre, évitant de prendre parti, ce qui donne une certaine finesse à l’approche.
Le graphisme, en tons gris et avec une esthétique austère, correspond bien à la tonalité sombre de l’histoire. Cependant, je dois avouer que je n’ai pas vraiment été captivé par le style. Il me manquait cette émotion palpable que l’on peut retrouver dans des œuvres comme « Katya », qui abordent le même sujet avec une sensibilité plus marquée. Cela montre que, même si deux œuvres traitent du même thème, leur traitement artistique peut profondément influencer notre ressenti, allant du rejet à l’attachement.
En résumé, les œuvres peuvent se ressembler sur le fond, mais leur traitement différent peut faire toute la différence dans l’impact qu’elles ont sur le lecteur.