Résumé: L'invention de Véra et Paul pourrait sauver des vies, sauf si Queeny, la méga-corporation hégémonique, parvient à se l'accaparer...
Dans un futur proche où Queeny, une multinationale hégémonique, contrôle villes et campagnes, Véra et Paul, un couple d'ingénieurs, dissimulent un prototype d'IRM portable aux capacités révolutionnaires. Tandis que Diana et Hazel, proches du couple, défient le système par la révolte et le sabotage, Queeny riposte avec brutalité : arrestations, manipulations, suicides mis en scène... Devenus malgré eux un espoir pour leur communauté, Véra et Paul sont acculés à négocier avec l'entreprise pour protéger leurs proches. Mais la colère qui gronde annonce qu'un simple compromis ne suffira plus...
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SA, futur proche. De la techno à l’agriculture, en passant par toutes les industries, le méga-consortium Queeny est le maître du pays. Outre l’outil de production, il dirige également d’une main de fer l’organisation sociale et l’emploi via un système de loteries opaque. Pour Véra et Paul, deux ingénieurs, collaborer avec un tel organisme n’est plus possible. Ils décident de démissionner et de retourner dans leur famille, à la campagne. Accueillis chaleureusement par leurs proches, particulièrement par Hazel, une militante acharnée, ils présentent alors leur projet secret : un scanner médical portatif. Voilà qui sera très utile pour améliorer les soins de santé, un autre domaine réservé de Queeny. D’autant plus qu’Hazel et ses acolytes sont sur le point d’organiser une révolte afin de redonner le pouvoir aux travailleurs. La lutte s’annonce ardue et potentiellement violente…
Impasse économique, tensions sociales et sacrifice dans l’espoir d’une meilleure vie, J.R. Hughto et Curt Merlo n’ont pas dû aller chercher bien loin dans l’actualité pour trouver leur inspiration. Il leur a suffi de seulement de pousser un tout petit peu les curseurs de la réalité et des possibilités pour imaginer That distant fire. Ajoutez une brochette de personnages très bien cadrés et construits et vous obtenez un thriller tendu aux ressorts classiques et très parlants.
Face à un futur alarmant à tous les niveaux et derrière les gadgets façon Star Trek, les auteurs ont néanmoins évité la surenchère et ressorti des vieux discours politiques et les non moins anciennes méthodes propres à la désobéissance civile. La traditionnelle lutte de David l’ouvrier contre Goliath le patron est évidemment inégale et inutile d’être devin pour deviner le résultat des courses. Heureusement, le scénariste a eu aussi l’intelligence de s’intéresser aux bordures de ce conflit. Ainsi, une fois retombée les poussières des affrontements, la lumière se braque sur le couple formé de Véra et Paul : le temps des concessions ou d’un accord bénéfique à toutes et à tous ne serait-il pas possible ? Dilemme, trahison des idéaux, choix par dépit ou répit avant la prochaine étape ? Un monde en noir et blanc, ou en niveau de gris ? La pensée de Hughto ne fait aucun doute, mais la profondeur de son scénario prouve bien qu’il a exploré toutes les facettes de son sujet. Sans éviter une dose de manichéisme et d’angélisme, il offre album finement écrit, sincère et très cohérent.
Trait charbonneux, regards fatigués et découpage collé à l’humain, l’approche immersive de Curt Merlo emprunte aux nouvelles télévisées, au cinéma et à la littérature classique. Avant tout, il tape dans le concret, ne laisse passer aucun détail révélateur et accompagne constamment sa distribution. Les vues d’ensemble ou de mise en contexte ne durent jamais plus d’une case ou deux. Mouvement, action continue ou presque, le rythme n’est pas effréné pour autant. L’urgence est indéniable, palpable même, tout en étant contenue. Cette gestion du temps s’avère admirable d’efficacité et de retenue. La mise en couleurs, en bichromie plutôt, est également remarquable. Chaque chapitre a droit à sa teinte primaire, que seuls quelques aplats rouges viennent troubler ici et là, quand les situations s’échauffent. Là aussi, l’astuce technique est simple et totalement maîtrisée.
Lecture prenante, intrigues solides et personnages attachants, That distant fire tient la distance et effraie parfois du fait de sa ressemblance avec le monde actuel. Un bel exercice d’anticipation proche, à la réalisation originale et frappante.