Kennedy[s]
L
e 22 novembre 1963, l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas marque durablement la mémoire américaine et internationale. L’image d’un président jeune, charismatique et porteur d’espoir se fige à jamais, ouvrant le chemin à une multitude de spéculations et de récits parallèles. Kennedys : Par-delà le mythe fait le choix de s’éloigner de cette fascination pour l’instant fatal afin de remonter aux origines d’un destin collectif. Car, pour Philippe Pelaez, comprendre JFK passe nécessairement par l’exploration de l’histoire de cette famille dont il est issu.
Le récit débute au XIXᵉ siècle, avec l’arrivée des ancêtres irlandais sur le sol de l’hémisphère ouest, fuyant la famine et les discriminations. Cette quête d’intégration et de reconnaissance irrigue toute la trajectoire des Kennedy. Progressivement, le récit s’attarde sur la figure déterminante de Joseph Kennedy, homme d’affaires ambitieux, fin stratège et bâtisseur d’un projet où l’individu s’efface souvent derrière l’objectif commun. Chez eux, l’appartenance au clan est primordiale : chaque réussite, chaque échec, chaque décision personnelle s’inscrit dans une logique de transmission et de conquête du pouvoir.
Les fils deviennent alors les vecteurs de cette ambition. Joe Jr., d’abord, incarnant un avenir politique espéré avant de disparaître en héros durant la Seconde Guerre mondiale. Puis John, plus discret, souvent affaibli par la maladie, mais doté d’une intelligence vive et d’une communication maitrisée. L’album montre comment il s’émancipe progressivement de l’influence paternelle pour tracer sa propre voie. Les figures féminines occupent également une place essentielle : Kathleen, Rosemary et les autres rappellent que cette réussite publique s'accompagne aussi d'existences brisées, de silences imposés et des destins contrariés.
La construction du livre témoigne de l’ampleur du projet, s'articulant autour de trois parties aux titres tout à fait évocateurs : "Au nom du père", "Au nom des fils" et "Au nom des autres". Une importante section documentaire parachève la saga : dossier historique, Who’s Who, bibliographie et nombreuses références culturelles (presse, cinéma, séries, documentaires, émissions radio, podcasts), offrant au lecteur des pistes supplémentaires pour approfondir le sujet.
Graphiquement, Bernard Khattou opte pour un noir et blanc classique et rigoureux, parfaitement adapté à la gravité du propos. Le dessin privilégie la lisibilité et la constance, tandis que la narration, principalement chronologique, s’autorise des retours en arrière qui rythment l’ensemble et évitent toute monotonie malgré les plus de cinq cents pages.
Dense, exigeant mais jamais aride, Kennedys : Par-delà le mythe s’impose comme une fresque politique et humaine de grande ampleur. Pour celles et ceux qui s’intéressent à la vie des Kennedy et, plus largement, aux mécanismes du pouvoir américain, cette bande dessinée apparaît comme un ouvrage de référence, appelé à trouver naturellement sa place dans toute bibliothèque consacrée à l’histoire contemporaine.
8.0


