Les hautes herbes Les Hautes herbes
À l’ombre des hautes herbes
Dans un univers médiéval teinté de féerie, un père et son fils vivent à l’écart du monde, guidés par une règle simple : ne jamais rester plus de trois nuits au même endroit. Le premier appartient au peuple des Ichoromes, des humains appelés « sang noir », liés à la redoutable lignée des Ichors, créatures évoquant un croisement entre loup et lynx. Depuis une antique malédiction, ces derniers ne peuvent donner naissance qu’à des garçons. Pour perpétuer leur lignée, ils enlèvent donc des femmes issues des tribus nomades, les « sang rouge », nourrissant un climat de méfiance et d’hostilité permanent. Dans ce contexte tendu, le duo survit de chasse et d’errance. Lorsqu’ils abattent un redoutable crocal de rivière, la prise leur assure nourriture et dents précieuses à vendre en ville. Sur la route, leur chemin croise celui d’Arcimbald, un pèlerin affable accompagné de son baveux, une imposante monture. L’homme propose de les guider vers une cité proche… encore faut-il franchir la porte gardée par des soldats peu enclins à faire confiance aux étrangers.
Avec Les Hautes Herbes, Laureline Clin et Grun signent un récit complet inscrit dans la tradition de l’heroic fantasy. L’album prend le temps d’installer un cadre entièrement imaginé, se distinguant par ses règles, ses peuples et ses tensions. Le bestiaire se révèle inventif, les paysages sauvages participent à l’immersion et l’ensemble compose un environnement crédible, tant en matière d’architecture que dans de costumes ou d’organisation sociale. La narration adopte un rythme singulier, jouant avec la structure de ses chapitres : un élément introduit au début ne dévoile toute sa portée qu’au fil du récit, apportant un éclairage nouveau sur les origines et le destin des protagonistes.
Côté graphique, Grun déploie un style semi-réaliste particulièrement adapté à cet imaginaire. Les ambiances profitent d’un travail à l’aquarelle aux tonalités pastel, dominées par des ocres et des bleus qui installent une atmosphère chaleureuse et mystérieuse. La gestion de la lumière, souvent obtenue grâce au blanc du papier, accentue la dimension poétique de nombreux décors naturels.
Entre mythologie élaborée, terres sauvages et parcours initiatique, Les Hautes Herbes propose une aventure médiévale-fantastique ample et immersive. L’ouvrage se conclut par un cahier graphique qui prolonge la découverte de ce monde féodal et met en valeur le travail visuel de l’artiste.
6.0


