Super GAU

E n Allemand, GAU est l’acronyme pour Größter Anzunehmender Unfall, le pire accident possible. Comme il y a toujours plus pire, Super GAU est également apparu et est utilisé pour décrire une catastrophe aux conséquences inimaginables et impossibles à gérer.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre sous-marin a eu lieu au fond de l’Océan Pacifique, à 130 km à l'est de Sendai. Le séisme estimé à neuf sur l’échelle de Richter a provoqué un tsunami qui est venu s’écraser sur la côte Est de l’île de Honshu. Vingt mille personnes ont perdu la vie et les dommages matériels ont été incalculables. Sans oublier que la vague meurtrière a aussi dévasté la centrale de Fukushima, provoquant dans la foulée la plus grande catastrophe nucléaire après Tchernobyl.

Prenant le chemin inverse du célèbre battement d'aile du papillon, cet évènement dramatique va choquer et secouer la planète. Dans Super GAU, Bea Davies tente de décrire et cerner les résonances qui se forment autour d'un évènement hors-norme et les existences d’un tout un chacun, à des milliers de kilomètres de distance.

Alors que le raz-de-marée est sur le point de déferler sur la ville où il se trouve, un homme occidental tente frénétiquement d’appeler les siens, à Berlin. Le coup de fil n’aura pas le temps d’être complété. À cet instant, c’est un jour comme les autres dans la Capitale allemande. Pourtant, directement pour certains, ou par le biais des informations, le quotidien d’une brochette d’individus lambda va irrémédiablement être touché.

Le scénario, à la construction ambitieuse et surprenante au premier abord, tourne autour de huit portraits percutants, neuf en fait, car c’est bien toute la société qui est dépeinte. Sincère, touchante, étonnante par son approche continuellement voilée et louvoyante, la narration n’impose rien et laisse une liberté incroyable aux protagonistes. Pas de tentative d’explication sociologique ou psychologique, seulement une série de tranches de vie entremêlées, qu’un vent de panique traverse subitement. Chacun a ses petits problèmes personnels et le Japon, c’est bien loin. Cependant, ce détachement apparent n’empêche en rien les émotions et les ressentis de s’installer. De plus, la scénariste a gardé quelques surprises et révélations sous le coude. Elle les distille très intelligemment au fil d’un récit qui ne cesse de rebondir (impossible de ne pas être bouleversé par l’épilogue).

Véritable histoire sans héros, superbement écrite et dessinée avec une énergie admirable, Super GAU ne ressemble à aucune autre œuvre. Historique par défaut, humaine par nécessité et profondément bienveillante, car il serait inimaginable de ne pas l’être, le travail de Bea Davies ne laissera personne indifférent.

Moyenne des chroniqueurs
7.0