Le dimanche perdu

D ans le monde de Nina, il n’y a pas de dimanche pour se reposer et tous les jours de la semaine sont réservés aux corvées. La gamine se montre vaillante, mais il y a des limites à ne jamais pouvoir se reposer. Tout cela est de la faute d’une sorcière vivant au fond d'un puits. Exténuée et exaspérée, la fillette décide d'y descendre, afin de faire entendre raison à la vieille dame.

Le scénario d’Ileana Surducan coche toutes les cases du conte de fées : un univers magique désordonné, une héroïne qui affronte des épreuves et ramène l’équilibre dans son univers. Sans oublier le loup, figure quasi incontournable dans ce type d’écrit. Chacune des journées est d’ailleurs représentée par un canidé : plantiloup, horoloup, brûliloup… À défaut de croquer les enfants, les bêtes dévorent leurs temps libres.

Avec sa gouaille, son franc-parler et sa détermination, la protagoniste s'avère des plus sympathiques. Le jeune lecteur ne manquera certainement pas de s’attacher à ce personnage haut comme trois pommes qui lui rappelle qu’il faut, parfois, confronter ses peurs. Alors que les héros apparaissent souvent solitaires, celle-ci peut heureusement compter sur l’appui de tout son village. Voilà une belle leçon de vie. Un bémol, le seul d’ailleurs, les messages sur la réussite, la motivation et l’estime de soi manquent singulièrement de subtilité.

Le parent discernera quant à lui un deuxième niveau de lecture dans ce récit où il est question de surcharge de travail et d’épuisement professionnel. Ces enjeux, abordés avec doigté, n’entacheront pas le plaisir des têtes blondes.

La scénariste réalise la mise en images de ce projet à mi-chemin entre la bande dessinée et le livre illustré. Son trait, aux accents surréalistes, apparaît tout en rondeurs. Sous son pinceau, chaque planche se montre unique. Elle convoque par moment le gaufrier, mais n’hésite pas à congédier les bordures ou à multiplier les représentations de la fillette dans une même vignette. L’album fait également place à de nombreuses et très belles illustrations occupant une page complète.

En fin d’album l’autrice propose un dossier, intéressant, quoique court, où elle explique son processus créatif. La bédéiste présente ses inspirations (les frères Grimm et, surtout, Petre Ispirescu), la création des personnages pendant le confinement, de même que la symbolique et l’apparence des loups. Ne reste plus qu’à brasser ces ingrédients pour obtenir un conte de fées.

Une histoire à lire, en famille, le dimanche, quand il est temps de se reposer... même s’il y a encore un peu de ménage à faire.

Moyenne des chroniqueurs
8.0