Insectopolis Insectopolis : Une Histoire Naturelle
C
omposante majeure de la biodiversité, les insectes sont apparus au Dévonien (-400 millions d’années) et n’ont cessé d’évoluer depuis, devenant même des acteurs indispensables à la vie sur Terre. Pollinisation, dispersion des graines, formation des sols, maillon critique des chaînes alimentaires, etc., ils se retrouvent partout, tant dans les environnement naturels qu’anthropisés. Pourtant, sauf pour les papillons colorés, ils demeurent mal-aimés et provoquent plus de répulsion que d’admiration, principalement du fait la méconnaissance du grand public à leur sujet.
Curieux et enthousiaste, plutôt qu’entomologiste per se, Peter Kuper était artiste en résidence à la prestigieuse Bibliothèque municipale de New York en 2020-2021. L’institution étant fermée du fait la pandémie de Covid, il s’est retrouvé quasi-seul à arpenter les couloirs du bâtiment. À la place des humains, il a imaginé peupler les lieux d’insectes divers et variés. Puisant dans les immenses ressources à sa disposition, Kuper propose une déambulation sensationnelle, oscillant entre une introduction à l’entomologie et le conte naturaliste. Celle-ci est doublée par une approche historique et artistique où il revient sur les pionniers de cette science, ainsi que sur la place que ces petites bêbêtes grouillantes ont pris dans la littérature, les affiches d’Hollywood et les cases de certaines bandes dessinées (of course).
L’album se nourrit de l’exposition présentée en 2022 dans les murs de la bibliothèque, avant de se transformer en un fantastique traité de vulgarisation scientifique et culturelle. Il est composé de superbes planches qui survolent les lieux en compagnie de scarabées et autres diptères. En chemin, il propose de rapides arrêts afin de parler d’un détail physiologique ou de quelques anecdotes à propos de l’élevage des cochenilles. Un peu plus loin, deux-trois pages osées décrivent différentes stratégies de reproduction (avec des schémas !). Moins frivole, l’indispensable message écologique de Rachel Carson (Silent Spring) est également rappelé. Plus surprenant et pas moins frappant, l’auteur fait aussi quelques révélations à propos de La Métamorphose de Franz Kafka (non, Gregor Samsa ne se transforme pas en cafard) et de la fascination que Vladimir Nabokov et Osamu Tezuka entretenaient pour les arthropodes. En résumé, Insectopolis s’avère être une extraordinaire mine d’informations, à l’organisation un peu foutraque, voire débordante par moments.
Généreux, total et écologiquement important, Insectopolis n’est pas un docu-BD standard, au sommaire bien rangé. Il s’agit plus d’un grand livre de merveilles, raconté avec la fougue du passionné qui n’a cesse de vouloir partager ses trouvailles. Un album pour toute la famille, à laisser traîner sur la table du salon et à picorer, par curiosité ou pur plaisir des yeux.
8.0


